« Payer en monnaie de singe », c’est payer en promesses, en belles paroles ou en grimaces — c’est-à-dire ne pas payer du tout. L’expression remonte au Paris du XIIIe siècle : les montreurs de singes pouvaient franchir le Petit-Pont sans payer le péage, à condition de faire travailler leur bête devant le péager. C’est l’une des expressions françaises les mieux documentées.
Le péage du Petit-Pont #
Au Moyen Âge, traverser le Petit-Pont — qui reliait l’île de la Cité à la rive gauche — coûtait un droit de passage, variable selon la marchandise. Le Livre des métiers d’Étienne Boileau, recueil des règlements parisiens compilé vers 1268 sous Saint Louis, prévoit une exception réjouissante : le jongleur peut s’acquitter d’une chanson, et le montreur de singe en faisant « jouer et danser » son animal devant le collecteur. Le spectacle valait paiement : on payait littéralement « en monnaie de singe ».
Du privilège à la moquerie #
Ce qui était un droit pittoresque est devenu une image ironique : payer en singeries, c’est s’acquitter en pitreries au lieu d’argent sonnant. Au fil des siècles, l’expression a pris son sens actuel : régler quelqu’un en promesses creuses, en flatteries, en reconnaissance éternelle… bref, en tout sauf en argent. On l’emploie aussi pour dénoncer une rémunération dérisoire ou fictive.
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Fiche express #
| Question | Réponse |
|---|---|
| Sens | Payer en paroles ou promesses, ne pas payer réellement |
| Origine | Péage du Petit-Pont à Paris, XIIIe siècle |
| Source historique | Livre des métiers d’Étienne Boileau (vers 1268) |
| Registre | Courant, souvent critique |
Exemple d’emploi : « Il promet une prime depuis deux ans : de la monnaie de singe. » L’expression garde toute sa force pour dénoncer les promesses qui tiennent lieu de salaire.
Le singe, animal imitateur par excellence, a nourri d’autres expressions : les « singeries » (grimaces, pitreries), « faire le singe », ou le proverbial « on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace » (on ne donne pas de leçons à plus expérimenté que soi). La monnaie de singe s’inscrit dans cette famille : ce que produit le singe, ce sont des grimaces — pas de la valeur.
Pas comme monnaie frappée : c’est le tour du singe qui servait de paiement au péage. Le règlement figure bien dans le Livre des métiers du XIIIe siècle.
Le payer en promesses, compliments ou faux-semblants au lieu d’argent réel — ou le rémunérer de façon dérisoire.
À lire
Dormir à la belle étoile : pourquoi dit-on ça ?
On traduit souvent par to fob someone off with empty promises. L’anglais monkey business (magouilles) joue aussi avec le singe, mais dans un autre sens.
La monnaie de singe a-t-elle vraiment existé ?
Que veut dire « payer quelqu’un en monnaie de singe » aujourd’hui ?
Existe-t-il un équivalent en anglais ?