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Organiser ses recherches sur le terrain pour l’écriture d’un roman

Bonjour à toutes et à tous,

Je m’appelle Marièke et je blogue depuis février 2015 sur Mécanismes d’Histoires, un blog consacré aux différentes phases de l’écriture ainsi qu’au quotidien de l’écrivain (vivre de sa plume, vendre son livre, installer des rituels, trouver la motivation…). Il y a déjà quelques mois, Kévin m’a contacté pour me proposer de partager nos styles.

Après avoir publié sur mon blog son article sur Ecrire en pleine nature, je m’invite aujourd’hui sur le site. Ensemble, nous allons voir des techniques et astuces pour organiser ses recherches sur le terrain dans le cadre de l’écriture d’un roman.


Avant de commencer

Faire des recherches sur le terrain pour un roman, est-ce obligatoire ?

Est-il nécessaire de se rendre sur un lieu ou même de le connaître profondément pour écrire un texte sur ce lieu ?

Bonne question. Et à vrai dire, comme souvent en écriture, il n’y a pas réellement de règle.

Pour ma part, j’ai un avis assez tranché sur la question : OUI, il est obligatoire de connaître un lieu pour écrire dessus. Il me semble en effet compliqué de décrire un lieu avec vraisemblance et en évitant les clichés en se basant uniquement sur des recherches. C’est pourquoi j’ai fait le choix de n’écrire que sur des lieux que je connais ou où je me suis déjà rendue. Et je vais même aller plus loin : pendant longtemps, j’ai préféré écrire de la Science-fiction et de la Fantasy pour éviter d’avoir besoin de voyager et de me confronter à la réalité. Mon imagination me paraissait bien moins fragile que ma petite connaissance de la réalité 🙂

Cependant, je sais que certains auteurs se fondent uniquement sur leurs recherches pour écrire et pour certains, ça fonctionne parfaitement. Donc, faites bien comme vous le sentez 😉

Ceci étant dit, si vous avez pour ambition d’aller faire des recherches sur le lieu de votre histoire en vous vous y rendant physiquement, je vous invite à découvrir la suite de cet article. (Et même si vos recherches sont essentiellement numériques : cet article vous accompagnera dans votre travail et vos questionnements.)

Pourquoi faire des recherches sur le terrain ?

Pour tout un tas de choses… En vrac :

  • Ancrer ses personnages dans une culture – un Japonais qui drague est un Japonais excentrique, par exemple : dans la culture japonaise, cela ne se fait pas.
  • Fluidifier ses descriptions et les rendre plus crédibles en ajoutant des anecdotes crédibles – A l’arrivée à la gare de Takadanobaba, station de la JR line qui tourne autour de Tokyo, ce sont quelques notes de musique du générique d’Astroboy qui résonnent dans les oreilles des voyageurs.
  • Éviter les clichés – les Yakuzas ne rôdent pas dans Tokyo en bande en exhibant des tee-shirts colorés et des tatouages sous leur chemise blanche. Ils restent cantonnés à certains quartiers, et même dans ces quartiers, ne se baladent pas librement.

Avant de partir reconnaître un lieu

Avant de lever l’ancre et de partir sur les lieux du crime, quelques petites choses à préparer 🙂

#1 Quand partir ?

Avant de partir, il est intéressant de s’interroger sur l’état d’avancement de votre histoire. En effet, il est possible de partir complètement en amont du projet, avant d’en avoir commencé la rédaction ou ensuite, quand le premier jet est déjà sur papier. Ces trois solutions comportent des avantages et des inconvénients.

  • Partir à la genèse du projet : c’est un bon choix pour sentir l’univers et l’ambiance d’un lieu. Si vous êtes du genre à improviser vos histoires et à fonctionner sans plan et plutôt à l’instinct, je ne peux que vous recommander cette solution.
  • Partir après la rédaction du synopsis : vous avez en tête vos personnages, votre trame et une partie des décors de votre intrigue.

Partir une fois que le synopsis de votre histoire est écrit est un bon moyen de fixer les décors de votre texte et de caler une bonne fois pour toutes les aspects culturels de votre roman et de la personnalité de vos personnages
Marièke Poulat

  • Partir après la rédaction du premier jet : si vous êtes un·e habitué·e des gros travaux de correction sur vos textes, vous ne serez pas forcément déstabilisé·e par cette dernière solution. Pour mon dernier texte en date, j’ai fait le choix de partir après la rédaction de mon premier jet. Il faut dire ici que c’était en France, dans une région que je connaissais un peu. Partir sur les lieux m’a permis de réfléchir aux petits points de détails qui rendront mon histoire plus crédible (paysages exacts, entreprises qui emploieront mes personnages…).

#2 Tracer votre itinéraire

À partir de vos ébauches et/ou de votre premier jet, vous devriez avoir une idée assez claire des pays, villes, quartiers et/ou lieux dans lesquels vous devez vous rendre. Essayez d’aller au maximum dans les endroits et les lieux qui pourront servir de décors à votre histoire. Attention : les lieux touristiques ne sont pas toujours des lieux de vie. Si un touriste se rendra presque forcément à la tour Eiffel quand il viendra à Paris, les vrais Parisiens n’y mettront presque jamais les pieds.

Si votre histoire n’est pas encore calée dans votre tête, essayez de préparer votre voyage en fonction des émotions que vous voulez transmettre et des personnages que vous avez imaginés. Typiquement, si un de vos personnages est un touriste, prévoyez d’aller dans quelques lieux touristiques immanquables pour ressentir l’atmosphère 🙂

#3 Anticiper vos activités

Dans la même idée, si vous avez prévu des scènes dans des décors très singuliers (un restaurant, un bar…), repérez un peu en amont où vous pourriez vous rendre afin de compléter vos infos.

#4 Caler des rendez-vous ?

Difficile de percevoir la réalité d’un lieu sans en comprendre ses habitant·e·s. N’hésitez pas à prendre quelques rendez-vous en amont de votre voyage avec des autochtones qui pourront 1) vous donner de bonnes idées de visite et de sorties et 2) vous répondre quant à leur mode de vie. Cela est d’autant plus important pour les pays étrangers où la culture est forcément différente de celle que vous connaissez.

#5 Votre matériel

Pour partir en voyage, cinq outils clés :

  • L’ordinateur portable – est-ce nécessaire de vous dire pourquoi ?
  • Le carnet – j’ai découvert avec délectation les carnets à onglet qui sont un véritable bonheur pour constituer un carnet de voyage. Le carnet est pratique quand vous ne pouvez pas sortir l’ordinateur (dans un bus bondé, dans certains cafés…) ou quand vous ne voulez pas sortir l’ordinateur
  • L’appareil photo (ou le téléphone) – pour prendre des photos d’inspiration et d’ambiance
  • Le magnétophone (ou le téléphone) – pour enregistrer des ambiances
  • Le téléphone – pour prendre des notes sur le pouce

Sur place

Pour profiter de votre voyage de recherches dans le cadre de l’écriture d’un roman, je vous invite à faire un exercice d’écriture : une description avec vos cinq sens. Dans chaque lieu où vous vous rendez, remplissez une page de votre carnet avec une description. Voici une liste de questions pour vous aider à activer vos sens.

  • La vue : quels paysages, quels panoramas, quelle végétation, quelle architecture, quelles couleurs dominantes ?
  • L’odorat : quelles odeurs ? Sont-elles les mêmes en matinée, le midi, le soir, la nuit ? Comment évoluent-elles ?
  • Le goût : Que mange-t-on ? Des légumes, des fruits, de la viande ? Cuisine-t-on ? Quelles épices retrouve-t-on ?
  • Le toucher : le sol est-il rugueux, meuble, gravillonné ? Les tissus sont-ils doux, soyeux ? Les murs sont-ils poisseux, secs ? L’air est-il humide, étouffant ?
  • L’ouïe : quels sons proviennent à vos oreilles ? Comment évoluent-ils ?

Pour vous imprégnez d’un lieu à la manière de vos personnages, n’hésitez pas à le fréquenter comme eux le feraient. Asseyez-vous à la terrasse d’un café, faites le marché, écoutez les gens discuter, regardez-les vivre. Vivez le lieu : ne faites pas que l’observer. 

Faites des recherches !

Au retour : la mise en forme

Au retour, dernière étape de votre travail : mettre en forme vos recherches.

J’ai deux solutions pour vous. Chacune a ses avantages et ses inconvénients. La première est la fiche lieu et la deuxième, la Bible.

#1 La fiche lieu

À celles et ceux qui aiment planifier et préparer leur monde, j’aime présenter trois types de fiches de préparation pour un roman :

La fiche lieu consiste à rassembler sur une fiche plus ou moins longue – pour certains auteurs, elle ne fera pas plus qu’une carte bristol, tandis que pour d’autres, elle fera 4 pages A4 😉 – toutes les informations que vous pouvez recenser sur un lieu. Le lieu peut être plus ou moins grand : ce peut être un pays, une région, une ville, un village, une maison…

En vrac :

  • Démographie
  • Histoire / Architecture
  • Géographie / Décoration
  • Habitants
  • Économie
  • Ambiance

L’avantage d’une fiche lieu est d’être hyper précise. Et son inconvénient est d’être… hyper précise. Sans rire, le fait d’être hyper précise peut non seulement vous amener à procrastiner, mais en plus, vous perdre dans vos détails. Je recommande la fiche lieu aux auteurs et autrices déjà un peu expérimentés. Il faut être capable de bien s’autodiscipliner ou alors aimer tenir des registres épais pour son histoire.

#2 La Bible

La Bible d’un roman est un outil de préparation plus simplifié. En quelques pages, elle retrace tout l’univers d’un roman : les personnages, les lieux, l’atmosphère, un moodboard… Plus encore, la Bible est un outil de préparation story-oriented – en français dans le texte, tourné exclusivement vers l’histoire. Il s’agit de ne préparer que les outils qui ont vocation à être utilisés dans l’histoire. Peut-être que pour dépeindre votre lieu et installer votre univers, vous n’avez finalement besoin que deux dates, une anecdote et une sublime description ?

L’avantage de la Bible est d’être story-oriented. Cet aspect en fait un outil rapide à faire et plus engageant pour celles et ceux qui ont hâte de se lancer dans la rédaction d’un texte. Mais c’est aussi son inconvénient, à l’image de la fiche lieu. Elle peut être un peu légère dans certaines situations – notamment quand le lieu est imaginaire et que l’univers est le point central de nombreuses règles différentes des nôtres.


Encore merci à Kévin de m’avoir invitée sur son blog et laissé une petite place pour vous parler 🙂

J’espère que cet article vous aura intéressé et vous aura amené à vous poser de nouvelles questions sur votre façon d’envisager les recherches pour votre roman. Je vous souhaite le meilleur pour votre texte en cours d’écriture 😉

Vous pouvez me retrouver sur le blog Mécanismes d’Histoires et sur Facebook et Instagram où je suis régulièrement.

À très vite,

Marièke



Images utilisées :

  • Photo à la une, Man holding a flashlight standing on a rock, Warren Wong, Unsplash
  • Man in grey jacket leaning forward on map, Lucas Sankey, Unsplash
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