Dans les précédents articles, « Comment écrire ? » et « Comment devenir un auteur ? », nous avons parlé de ce qu’on pourrait appeler la posture de l’écrivain, ou de l’auteur. À ce titre j’ai eu l’occasion de vous expliquer que dans ma démarche personnelle, l’écriture « effective » n’était pas tout le temps au centre de mon travail d’écrivain.

N’écrivez pas tout le temps !

Et oui. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, il ne faut pas tomber dans un écueil qui ne semble pas toujours évident au premier abord. Effectivement, croire que l’écrivain est écrivain simplement quand il devant sa feuille ou son clavier d’ordinateur me paraît être une idée assez dangereuse.

Ernest Hemingway – au boulot (entre deux mojitos)

Pourquoi dangereuse ?

D’accord, le mot est peut-être un peu fort. Mais comprenez-moi bien : tel que je conçois notre mission, celle-ci ne peut s’accomplir uniquement dans la production. De plus, écrire est une action fatigante et qui nous met dans une condition plus proche de celle du sportif que du rêveur. Le risque de s’épuiser physiquement et donc moralement est très grand. En plus de cela, une grande part de la production est réalisée pendant des phases où nous ne sommes pas attelés derrière le bureau, bien souvent sans que nous nous en rendions compte.

Développer cette idée reviendrait à écrire de longues phrases sur le processus créatif et la manière dont l’écriture est connectée à l’inconscient et cela se prêterait assez mal au sens que je veux donner à ces articles. Nous partirons donc du postulat que l’écrivain ou l’écrivaine l’est perpétuellement. Tout au long de sa journée et même (surtout) de sa nuit.

Stephen King – siestes créatives

L’écrivain perpétuel.

Derrière ce terme qui frôle le mystique, je veux simplement dire que je me sens écrivain en permanence. Une nouvelle fois j’insiste lourdement : un écrivain de fiction n’est pas simplement écrivain quand il écrit. On pourrait même dire que ça ne représente que 20 % de son temps effectif.

En ce qui me concerne, je suis écrivain quand je lis des articles sur internet ou dans les magazines, quand je prends une photo, quand je lis un livre, quand je me promène dans la rue et que je sens la foule me porter malgré moi, quand je vais passer une soirée avec des amis, quand je marche ou que je fais du sport, quand je débats avec des gens, quand je travaille, quand je m’émerveille de la lumière particulière d’un paysage, quand je rêve. Je vous rassure, je passe beaucoup plus de temps à faire toutes les choses de cette liste qu’à écrire à proprement parler.

Faites un essai, profitez d’un moment que vous aimez particulièrement vivre, je ne sais pas, une soirée entre amis par exemple. Dans le flot des rires et des conversations, tentez de prendre une minute ou deux pour vous, intérieurement. Réfléchissez à ce qui se passe et tentez de décrire mentalement les événements. Pourquoi un tel regarde une telle comme ça ? Et cet autre qui est plus joyeux que d’habitude ? Enfin, il vous semble que le dernier paraît préoccupé ? Comment ces émotions se traduisent-elles sur leurs visages ? Leurs gestes ? Tentez de faire cela une fois ou deux. Changez de situation. Recommencez.

L’écrivain est un lecteur.

Si vous ne savez pas répondre simplement et clairement à la question : « Pourquoi est-ce que c’est bien de lire ? » alors il y a fort à parier pour que vous rencontriez des difficultés à écrire. Les bienfaits de la lecture sur l’écriture sont indéniables. Cela permet, entres autres, de confronter son désir d’écrire et se réjouissant du travail d’un artiste et se laisser porter par lui à travers les mots. De plus, chaque auteur est forcément un grand lecteur. Si d’habitude je ne suis pas quelqu’un de parfaitement affirmatif, cette assertion est l’exception qui confirme la règle.

Effectivement, à l’instar du travail d’écriture au sens large, la lecture doit être répétée en permanence. Et ne pas oublier de sortir de sa zone de confort. Lire les mêmes auteurs ou bien une littérature que l’on affectionne particulièrement ne poussera pas votre esprit critique en dehors des rails desquels vous devez être en permanence. Prenez des risques et soyez boulimiques de livres.

J’ai volontairement choisi de piquer cette citation au monde du cinéma mais vous comprendrez facilement où je veux en venir :

 

Il y a ceux qui aiment les films et ceux qui aiment les films qu’ils aiment.

 

Il en va exactement de même pour les livres. Sachez prendre des risques, ne jetez rien d’emblée.

Plaidoyer pour la lecture.

Le monde que l’on se fait avec ses livres est probablement son seul vrai monde onirique. L’inconscient s’y réfugie tranquillement pour en tirer des rêves riches et colorés. Même si je suis un grand fan de film ou de bande dessinée, les images mentales issues des livres qui tapissent l’intérieur de mon cerveau sont uniques. Mon Capitaine Achab ne ressemble pas au vôtre et votre Sal Paradise est différent du mien. Outre les descriptions qui s’interprètent selon les sensibilités, les caractères et les personnages vivent différemment selon chacun des lecteurs. C’est aussi pour ce point que l’art de la critique est quelque chose de subtil et de difficile, car nous jugeons d’abord une œuvre depuis notre sensibilité.

Librairie “Un Regard Moderne” 10 Rue Gît-le-Cœur. “Rêve à Paname”

Pour finir, je dois dire que le monde de la lecture est l’exact opposé de la société dans laquelle nous évoluons. Tout y va à une vitesse incroyablement rapide, tout y est déjà obsolète avant d’être sorti. Les livres ressemblent à des mondes paisibles et endormis dans les bibliothèques qui frémissent comme les pages se tournent et laissent entrevoir des trésors cachés au fil des mots et des phrases.

Enfin, un petit rappel de circonstance :

 

Pouvoir lire est une chance, un cadeau. Tout le monde n’a pas cette chance. Lisez.

 

Comme dans les deux précédents articles, je vous propose un petit travail qui met en lien écriture et lecture.

  1. Choisissez une œuvre (un livre) que vous avez adorée et faites en une critique rapide (15 minutes maximum)
  2. Décrivez les sentiments procurés et comment ceux-ci se sont manifestés. Pensez à tout. (5 phrases maximum)
  3. Gardez la même œuvre et imaginez avoir ressenti le sentiment inverse. Écrivez la critique de l’étape 1 et les sentiments de l’étape 2.

photo à la une : Kourosh Qaffari on Unsplash

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Écrit par Scheuer Kévin
31 ans - Lieu de vie : Forêt mystique - Animal totémique : Cerf élaphe - Particularités : Inclinaisons fâcheuses à faire des phrases