L’histoire de Casque d’Or – partie 1

De Paris à Paname, début 1900

Dans l’est de Paris entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, rien ne bat plus vite et plus fort que la Courtille et Belleville. Aujourd’hui, on dirait aisément que c’était « the place to be » pour emmener guincher sa gow. On a déjà eu l’occasion de raconter le succès du vin gai et l’ambiance indescriptible de ces guinguettes. À l’époque, les battles de danse se font plutôt sur de la musette ou de la valse, mais ça en jette grave. Au bord de la Seine, les dimanches au bord de l’eau se passent ainsi. 

Foisonnants de fête et d’un peu de débauche dominicale, les lieux sont aux croisements de la ville et des vignobles. En quelques mots, ça picole, ça rigole, ça se branche, ça se bagarre. Il n’empêche que c’est d’abord dans ces rues que vont se nouer les grandes heures des apaches parisiens. 

Fin dix-neuvième, les bandes sont déjà légion et l’oisiveté de la jeunesse tout aussi grande. Chacun ne manque pas une occasion de se montrer en nombre pour discuter le pavé à ses rivaux. Depuis Popincourt, Ménilmontant, Saint-Fargeau, Charonne, les costauds se pressent vers les quartiers de l’actuel XXe arrondissement pour aller y faire valser leurs belles et mettre en jeu sa toute-puissance sur le pavé. 

Bagarre entre des flics et des apaches, "Casque d'Or", fim de Jacques Becker, 1952

Bagarre entre des flics et des apaches, « Casque d’Or », fim de Jacques Becker, 1952

Fleur de ma ville

L’histoire de Casque d’Or commence ainsi, avec pour toile de fond cette vie parisienne des années post révolution industrielle, miinsouciantemi-désœuvrée. Au tout début de l’histoire, la jeune Amélie Élie ne porte pas encore le surnom mythique dont elle héritera plus tard. Devenue jeune femme, elle arborera un chignon haut, châtain aux reflets blonds. Le « casque » inspirera à la presse un certain sens de la formule. Nous y reviendrons. 

Pour le moment, Amélie a 3 ans. Arrivée d’Orléans, la jeune fille emménage dans la rue Popincourt avec ses parents, Popinc‘ pour les intimes. On est en plein cœur de ce qu’on appelle la zone.  

Portrait d'Amélie Élie, dite "Casque d'Or", Paris 1903

Portrait d’Amélie Élie, dite « Casque d’Or », Paris 1903

Le tout nouvel arrondissement est un quartier ouvrier, assez insalubre. Dans cet endroit, la mortalité infantile est sept fois plus importante que dans le reste de la capitale. Dans la zone, le destin condamne une petite fille sur dix au trottoir. La vie ici se résume à des quotidiens et la plupart des garçons trainent dans les cafés pendant que les filles se font chiffonnières ou vendent des fleurs sur les trottoirs. 

Malgré la réelle précarité dans laquelle elle grandit, Amélie décrira plus tard cette vie dans la zone comme quelque chose de réconfortant, d’attirant presque. Elle aime la vie dans ce microcosme qui obéit à ses propres lois et ne dort jamais. La simple évocation du quartier terrorise le bourgeois des quartiers du sud. 

Un certain sens de l’indépendance

Adolescente et fugueuse, elle s’amourache d’un jeune ouvrier avec lequel elle se met en ménage alors qu’elle n’a que 13 ans quand lui est de deux ans son ainé. « Le Matelot » comme il se fait surnommer dans le quartier, n’a que peu à lui offrir, mais la jeune fille s’en contente pendant un an. Toutefois, cette vie loin du foyer ne convient guère à ses parents.  Les darons la font rechercher à maintes reprises et finissent par mettre un terme à cette première idylle. Trop jeune pour la prison, elle est envoyée en maison de correction. Cet enfermement juvénile contraint scellera pour toujours les envies de liberté de la jeune fille. 

La suite ici. L’article original a été publié sur le site Gang de Paris
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Écrit par Scheuer Kévin
31 ans - Lieu de vie : Forêt mystique - Animal totémique : Cerf élaphe - Particularités : Inclinaisons fâcheuses à faire des phrases