cet article est le deuxième d’une série : pour retrouver le premier, suivez ce lien.

Qu’est-ce qu’être un auteur ?

Encore une fois, voilà une question à laquelle il n’est pas facile de répondre d’emblée. Avant d’aller plus loin, je voudrais partager quelque chose avec vous sur le besoin de légitimité. Aujourd’hui, sur internet et dans la société dans laquelle nous vivons, faire la différence entre ceux qui savent faire et ceux qui font croire qu’ils savent n’est pas toujours évident. Je crois profondément que celui qui dit qu’il sait faire explique en même temps qu’il doute. C’est ma conception des choses, mais souvent, les donneurs de leçons ne doutent pas. Ceci est peut-être un peu paradoxal, mais c’est aussi du doute permanent que provient la réflexion. Une réflexion en permanente mutation, permise par la remise en question. CQFD 🙂

Stephen King, équilibre de travail.

La différence entre auteur et écrivain possède également une nuance importante qu’il convient de préciser pour ne pas se perdre. Si tous les écrivains sont des auteurs, tous les auteurs ne sont pas des écrivains. Effectivement, si l’écrivain est quelqu’un qui produit un écrit, l’auteur peut lui prendre des formes bien plus larges de création. Auteur d’un dessin, d’une œuvre musicale, d’un article de journal… Quand on me demande si je suis auteur ou écrivain, de manière assez logique je me définis plus spontanément comme un auteur. Car je ne pense pas limiter ma créativité à la production au sens strict de l’écriture. Ce n’est qu’une conception toute personnelle des choses, mais je préfère le terme plus généraliste. Au moment où j’ai décidé de passer du stade de l’auteur à celui de l’écrivain, j’ai été confronté à un dilemme.

Quand devenons-nous écrivains ?

En commençant à écrire, je me suis demandé rapidement à partir de quel moment nous devenions des écrivains. Existait-il un moment où l’on devenait suffisamment légitimes pour se revendiquer de la sorte et ainsi pouvoir se présenter comme tels en société ? Aujourd’hui, je dois vous dire que je pense que l’on devient écrivain la première fois où l’on écrit. Il n’est pas nécessaire de juger cela à la quantité ou à la qualité des productions, mais simplement à l’état d’esprit. Effectivement, en restant très honnêtes intellectuellement, et donc très humbles, il y a fort à parier que nous devenions écrivains dès lors que nous entamons une démarche d’écriture. Pourquoi est-ce que j’insiste autant sur ce point ? Et bien, car dans nombre de cas, se raccrocher à ce pari que l’on conclut avec soi-même permet de trouver la force nécessaire pour s’accomplir comme tel. De plus, l’écrivain, comme chaque artiste est en perpétuel mouvement, il ou elle évolue en permanence.

Jean-Christophe Grangé. Des histoires à raconter.

Se savoir écrivain dès le départ permet de se voir grandir comme tel, et c’est quelque chose de formidablement épanouissant. Enfin, je ne sais pas si vous partagez mon constat, mais je trouve que la société est de plus en plus suivant des codes qui imposent de « faire ses preuves ». Injonctions à être bons et performants, hiérarchisation selon la qualité, etc… Autant vous dire que je réfute ce mode de fonctionnement.

Parenthèse : De la bienveillance critique nécessaire contre le diktat de la bienveillance permanente.

Pour moi, la bienveillance critique se fait de plus en plus rare et c’est bien dommage. Nous avons tendance à juger les choses de manière binaire, assez froidement la plupart du temps. Occultant ce qui fait l’essence de toute création, le parcours qui a permis d’en arriver à cette œuvre. Un conseil alors, vivez les choses pleinement et faites-les pour vous-même avec honnêteté et humilité. Critiquez les autres et laissez-vous critiquer avec bienveillance, respectez vos lecteurs, écoutez-les et chérissez-les. Vous êtes un. e écrivain. e si vous avez choisi de l’être. Personne ne doit vous convaincre du contraire.

Quand écrire ?

J’ai déjà commencé à effleurer cette question dans l’article précédent sur « Comment écrire ? », mais je pense qu’on peut s’y arrêter quelques secondes.
Je vous l’ai dit précédemment, mais je ne suis pas du genre à être très bon conseilleur sur les routines d’écriture. À vrai dire, je me laisse un peu porter par le temps que j’ai et les moyens que j’ai à ma disposition. La seule règle que je me suis fixée est d’écrire environ 1000 mots par jour, ou une heure par jour. Cela n’est pas forcément de l’écriture liée à des projets en cours, mais cela peut prendre un nombre incalculable de formes : Écriture d’articles pour ce blog, rédaction de plans, fiches personnages, relectures, croquis de paysages, assemblage de photos pour créer des ébauches de décors, recherches… Je réalise cette liste très personnelle pour vous inciter à sortir du cadre formel de l’écriture. Effectivement, nous n’écrivons pas seulement quand nous écrivons. Nous allons en reparler dans le prochain article, mais c’est très important de comprendre ce point.

Être prêt à écrire à n’importe quel moment.

Voilà encore quelque chose de fondamental dans la notion d’être écrivain. L’idée est rarement disposée à venir à la porte de votre cerveau au moment où vous êtes disponible pour la recevoir. Effectivement, le processus de la germination de l’idée (j’adore cette image personnellement) est assez sauvage et ne prévient pas. Il n’y a pas beaucoup d’autre alternative que de pouvoir la capturer tout de suite en la notant pour pouvoir y revenir après. Si on a la possibilité de s’accorder quelques minutes pour la délayer à chaud, c’est encore mieux. Le travail va consister à pouvoir y revenir plus tard et à la développer, l’étendre et la classer.
En faisant cela, au fur et à mesure, on éprouve la solidité des idées et on apprend à juger rapidement le potentiel de celle-ci. Pour les capturer, ces idées sauvages, pléthores de moyens s’offrent à vous : Notes dans un smartphone ou un bon vieux petit carnet à spirale, je vous laisse choisir.

Virginia Woolf. Évidences du destin.

À votre tour d’écrire !

Dans le même ordre d’idée que l’article précédent, je vous propose un petit exercice autour de l’idée et de son traitement.
1. Écrivez une idée que vous avez eue récemment. Si rien ne vous vient, créez-en une simplement. Pour cela, un moyen simple est de jouer la carte du mélange des genres. Exemple : La grand-mère frêle et fragile qui attend le bus devant vous est en fait un agent sous couverture.
Votre idée doit être résumée en une phrase.
Partant de cette idée, écrivez cinq courtes phrases qui la développent.
2. Gardez la même idée, mais réécrivez cinq autres phrases qui développent un cheminement différent.

Cet exercice doit faire comprendre deux choses. Premièrement, si l’idée est importante, le traitement l’est au moins tout autant. Enfin, l’idée n’est pas forcément un concept dans lequel s’agencent proprement début milieu et fin. Ce n’est, certaines fois, que le point de départ de quelque chose.

photo à la une : Livin4wheel on Unsplash

Partager:
Écrit par Scheuer Kévin
31 ans - Lieu de vie : Forêt mystique - Animal totémique : Cerf élaphe - Particularités : Inclinaisons fâcheuses à faire des phrases