COLUMBO, Peter Falk, 1971-2003

Je vous arrête tout de suite, mais, au risque de vous révéler la fin des hostilités, je ne vais pas vous dévoiler quel est le prénom de Columbo. Pas plus que je ne vous dirais comment s’appelle le chien du lieutenant (avertissement, il s’appelle « Le Chien ») ou encore qui est la femme de Columbo.
Non. Peter Falk et les scénaristes de la série se sont trop échinés, non sans un malin plaisir, à dissimuler toutes ces intrigues  pour que je vous révèle le pot aux roses et vous en gâcher le plaisir de la découverte.


Columbo, légende de la police et du petit écran.

Il y’a assez longtemps déjà que je voulais consacrer un article au lieutenant le plus célèbre et le plus iconique de la police criminelle de Los Angeles.

Peter Falk dans le rôle de Columbo

Peter Falk dans le rôle de Columbo

Seulement, pour de mauvaises raisons, j’interrompais toujours ma rédaction au milieu de mon propos, incapable de trouver un angle d’attaque pertinent et nouveau.

Je ne savais jamais trop ce que je voulais développer en l’espèce. J’aurais aimé tout dire et au fur et à mesure de la rédaction je m’apercevais que je plongeais dans l’irrationnel. Je m’explique :

Columbo, une référence à part

Chaque fois qu’on me demande quel est mon personnage favori dans la fiction, tous genres confondus, je perds toute notion de la raison et ne peux m’empêcher de citer le nom du rôle joué par Peter Falk. Bien souvent, on me regarde avec les mêmes yeux que ceux que vous avez en ce moment même, ronds et interrogatifs :

« Comment ? Le lieutenant Columbo ? Ce vieux naze qui roule dans une voiture pourrie, qui passe son temps à parler de sa femme et à son chien en se grattant la tête ?
-Celui-là même. Le seul et unique lieutenant Columbo (cette réponse est bien souvent faite de dédain et de fierté mêlés)
-Ah ah ah… » (et celle-ci toujours faite d’un rire sarcastique, suffisant et méprisant)

J’en avais développé un complexe. Quasi sibyllin je le reconnais, mais, à la mesure de notre conditionnement permanent à la hype, même nos profondes convictions nous échappent. Avec cet écho, je me trouvais vieux, aussi vieux et peu intéressant que les cols pelle à tarte qui fleurissaient en 1973.

Non, je ne suis pas seul !

Juste au jour où, au détour de nombreuses conversations j’ai constaté que je n’étais pas seul.
Bien au contraire d’ailleurs. De nombreuses connaissances m’avouaient la même passion, les mêmes attaches inexplicables et les mêmes sentiments envers celui dont-on-ne-connaît-pas-le-prénom. Souvent, l’information était donnée sur le ton de la confidence, discrètement, témoignant du même jugement dont j’avais fait preuve avant elles.

Une série multigénérationnelle…

L’an dernier, Universal a réédité en collector l’intégrale de la série pour ses 50 ans. Oui, le premier épisode de Columbo a été tourné et diffusé en 1968. Alors, accrochez-vous, ce n’est ni le premier épisode à proprement parler, ni le pilote non plus. Les deux suivants arriveront plus tard, en 1971. Cette première version, du 20 février était en réalité un téléfilm.
Ce n’est que trois ans plus tard que tous se mettent d’accord pour en faire une série. Et quelle série ! Même si la production connaîtra une interruption entre 1978 et 1989, les derniers épisodes seront tournés en 2003, pour un nombre total de 70.

…À l’épreuve du temps

La longueur de la production recèle probablement un des premiers indices sur le succès de la série. Cinquante ans de présence sur le petit écran, de l’ORTF à la TNT, ce n’est pas rien. Chez moi, quatre générations ont regardé Columbo avec passion, et il en a fait rire autant.

Columbo, la série aux mille anecdotes

Je laisserai également de côté toutes les petites anecdotes, car pléthore d’articles ont été construits sur ce thème et sont par conséquent bien plus complets. Si vous voulez vous en rassasier, vous trouverez ça ici. Parmi les plus notables, je voudrais m’attacher à celles qui sont en lien avec le cinéma :

  • Le troisième épisode (que tout le monde prend pour le premier donc, bref) Murder by Book, a été réalisé par Steven Spielberg himself. Nous sommes en 1971 et le jeune homme démarre par la télévision en réalisant ce premier (troisième en fait, vous suivez ?) épisode. Quelques mois plus tard, le réalisateur claquera le plutôt discret Duel, monstre de narration filmée et probablement boudé pour son format TV d’origine.
  • John Cassavettes fait la rencontre de Peter Falk juste avant de tourner Husbands en 1970. Les deux deviennent rapidement très amis. À ce titre, le dernier invite le premier sur le tournage d’un épisode de Columbo. La rumeur voudrait que les deux compères aient réalisé l’épisode, mais ne sont pas crédités au générique en tant que tel.
  • L’épisode que Brian De Palma n’a jamais réalisé. Alors même qu’il l’avait écrit ! Nom de ¨*ù<&)..°# !!! Tant mieux si je vous choque, mais pour ma part c’est un peu similaire au Dune avorté de Jodorowski. Ni plus ni moins.
John Cassavetes et Peter Falk

John Cassavetes et Peter Falk sur le tournage du film  » Mikey et Nicky » en 1976, réalisé par Elaine May.

La portée sociale de Columbo

Je ne vous parlerai pas non plus des accents marxistes qu’on prête à la série. Pas plus que de ses prétendues accointances lacaniennes. Encore une fois, des journalistes ont fait ça bien mieux que moi. L’idée est bien ancrée et cela en dépit du fait que les scénaristes de la série, William Link et Richard Levinson, se seront toujours défendus d’avoir voulu coller dans les deux mains gauches du Lieutenant Columbo un quelconque message politique.

L’argument le plus communément admis pour défendre cette thèse est que la série est un éternel recommencement d’un « David contre Goliath social ». En effet, on peut toutefois reconnaître ce fait :  Columbo, petit lieutenant de police qui gagne quelques 11.000 dollars par an, fait ployer à la simple force de son intelligence et de sa déduction les criminels les plus retors, froids et calculateurs. Lesquels·les sont toujours bien placés dans la bonne société.

La puissance du scénario

Si nous devons nous arrêter deux secondes sur le scénario des différents épisodes, on pourrait effectivement dire que le celui-ci se répète à l’infini. C’est probablement assez vrai mais on pourra quand même prendre en compte deux contres-exemples :

  • Dans l’un des épisodes, Columbo cries Wolf (S9) le spectateur et le lieutenant sont trompés par cette habitude scénaristique. On dirait presque que c’est un troll avant l’heure. Je ne vous en dit pas plus pour ne pas vous gâcher ce plaisir.
  • L’important ici n’est pas la trame scénaristique. C’est l’emboîtement des cases qui amène au climax. Une écriture à faire pâlir un showrunner. Il faut sans cesse renouveler le récit sans en bouger la structure. Du grand art que je vous dit.

Que dire alors ?

Alors de quoi est-ce que je pourrais bien vous parler si je devais écrire mon article sur Columbo ?

Et bien je crois que je vous parlerai juste du type aux deux mains gauches, aussi Falk que Columbo, ce brillant antihéros qui roule dans une séduisante Peugeot 403 usée jusqu’à l’os. Qui parle à son chien avec une tendresse inimitable, vecteur de ses mises en abîme. Ce même policier, qui a le mal de mer, le vertige, et toute la panoplie des défauts d’un Rick Hunter. Ce parfait antiflic de l’Amérique conquérante, ce même homme qui ne supporte pas de toucher un revolver. Je pourrais continuer en racontant l’américano-italien qui ne parle pas italien et qui ne mange que du chili avec des crackers. Enfin je dirais combien je suis fan des cheveux en bataille, des questions interminables, des « petits détails qui l’ont tracassé toute la nuit », le sandwich dans une main et le café tiède dans l’autre.

J’ajouterai probablement en vous disant la satisfaction infinie qu’on a à le voir, toujours dans le plus grand des calmes, arriver à des déductions au mépris du mépris que les criminels lui portent. Je vous dirais combien il est attachant, avec son œil fixe et son imperméable intemporel. En vous rappelant que le personnage a traversé le temps, des Simpsons à Mark Ruffalo dans Zodiac, en passant par Jack Palmer de Pétillon, je montrerai combien le lieutenant a marqué les âges et les époques. Je n’oublierai pas, plus inquiet, de vous préciser que la série a même inspiré de réels meurtres, collant avec justesse aux détails du screenplay.

Mark Ruffalo dans Zodiac de David Fincher

Mark Ruffalo dans Zodiac de David Fincher

Je tenterai ainsi de décrire mon amour inconditionnel pour ce personnage qui est tellement lié à son acteur qu’il est probablement l’acteur lui-même. Je n’oublierai pas de dire quelles ont été ses inspirations à ce titre, de Chaplin à Dostoïevski.

Alors je pourrais finir pour tous ceux qui me regardent en soirée d’un œil méfiant, médisant ou indisposé. Me narguant d’avance en se moquant de mes goûts surannés à leurs yeux. À celles et ceux-là je répondrai, citant une amie quand on lui demande pourquoi elle aime tant regarder Columbo, explique avec une flamme de malice dans les yeux :

« Si jamais un jour je dois tuer quelqu’un, je sais ce qu’il ne faut pas faire ! »
Anonyme



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Écrit par Scheuer Kévin
31 ans - Lieu de vie : Forêt mystique - Animal totémique : Cerf élaphe - Particularités : Inclinaisons fâcheuses à faire des phrases